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Let's talk about sex - aperçu des réflexions ace

avant-propos : je sais que dès qu’on dit qqch vous pensez que c’est l’occasion parfaite de relancer le débat “est-ce que les ace sont lgbt+”. mon propos change pas peu importe votre position donc tkt c’est zéro le sujet et je ne veux pas connaître votre avis là-dessus

 

Let’s talk about sex

- aperçu des réflexions autour desquelles s’articule les communautés asexuelles -

 

 

 

 

Je lis sur l’asexualité depuis que j’ai 14 ans & j'interagis vraiment depuis mes 17 ans (je frime pas je contextualise) ; j’étais surtout là entre 2014-2018 et maintenant je continue à jeter un oeil sur ce qui se passe sans vraiment m’impliquer. Ca fait longtemps que j’ai pas évoqué le sujet pourtant aujourd’hui je suis deter, et surtout j’en ai un peu marre de voir passer les mêmes infos sans qu’on se plonge au coeur du sujet. C’est utile, mais écoutez ça fait 19 ans qu’AVEN existe et que les discours les plus visibles sont de l’ordre du détail. Vous savez ce qu’est l’asexualité*, très bien et maintenant ? 

[*si ce n’est pas le cas, j’ai écrit sur le sujet en 2016]

 

Maintenant, je vais présenter un aperçu des discussions & réflexions qui s’articulent au sein des communautés ace. Par là j’entends les blogs, les forums, les groupes, les réseaux sociaux, .... tous les espaces où des personnes asexuelles se sont réunies suite à cette identité commune et ont discuté à ce propos. Je prétend pas écrire un rapport scientifique, ce sont des observations et elles restent personnelles, et je ne parle que des communautés que j’ai suivies et auxquelles j’ai participé. 

 

 

 

Ceci étant dit, c’est tipar ! On ne partage pas uniquement des analyses introspectives pour comprendre exactement-précisément ce qu’on ressent, en fait on parle beaucoup plus d’autres choses. On évoque :

 

le consentement 

Mes toutes premières ressources sur le consentement provenaient de la commu ace ; je vais pas vous apprendre pourquoi ce sont des ressources importantes. 

 

Se questionner sur si on veut vraiment du sexe et dans quelles mesures pousse à se poser des questions sur ses propres envies. Apprendre à reconnaître ce qu’on veut et ce qu’on ne veut pas, apprendre que ça change avec le temps, selon les jours, selons ce qu’on ressent, etc, et apprendre à faire ce travail est primordial. C’est un travail difficile qui demande d’essayer de trouver  et d’identifier ses propres envies, désirs, et attirances au milieu des pressions sociales hétéronormatives. Les discours aces encouragent à s’interroger sur soi et à prioriser nous-même, avant ce qui est attendu de nous. 

 

 Là où certaines ressources vont surtout se focaliser sur “est-ce qu’on veut à un moment X, avec X personne, dans X conditions ?” la commu ace s’interroge plus largement sur ce qu’on peut vouloir quand il est question de sexe. L’asexualité, en tant qu’identité, rappelle que c’est possible de ne jamais vouloir, et que c’est ok, comme c’est possible et de vouloir une fois tous les deux ans, ou de ne vouloir que tel aspect du sexe. Finalement, c’est pas très clair de dire “je suis ok / pas ok pour du sexe” ; et au-delà de la question du consentement, la commu ace parle beaucoup de sexe, mais avant ça : de la place du sexe au sein des relation intimes.

 


les relations de couple / l’hétéronormativité

Envisager un couple sans sexe, ou du sexe sans couple, c’est ouvrir la porte à d’autres configurations de relation que le couple hétéro mono romantiquement et sexuellement exclusif. A partir du moment où on envisager une vie sans sexe, ça bouleverse toutes les idées qu’on avait sur les relations. Si ce qui fait la différence entre un couple et une amitié c’est le sexe, alors est-ce qu’on peut être ace et en couple ? Ca peut sembler plutôt naïf comme question, mais quand t’as 14 ans ça provoque des crises existentielles. 

 

C’est un point encore plus pertinent quand on le mets en lien avec le concept féministe d’échange économico-sexuel - que reste-t-il sans sexe ? Malheureusement je suis pas là pour écrire un mémoire donc je vais pas m’attarder sur la question. 

 

Pour toutes les réflexions autour du couple en tant que tel, cela se retrouve beaucoup plus dans la communauté aromantique. Ces discussions sur les modèles de relations et globalement, sur les relations dans une société hétéronormée sont très pertinentes et mériteraient un autre article, donc je ne vais pas m’attarder non plus. (Mais j’ai écris un mini-recueil de poésie sur les relations queer donc suivez-moi sur les réseaux d’ici trois mois j’aurais peut-être pris une décision sur la façon dont je veux le partager :angel:).

 

le sexe (et oui)

  J’aime bien faire des blagues comme quoi les personnes aces comprennent mieux le sexe que les personnes allo, et bien sûr je ne peux pas faire cette généralité mais… on est pas loin. :hand_over_mouth_emoji:

 

 C’est important d’encourager à apprendre ce qui nous fait plaisir ou non quand on fait du sexe, et c’est un discours que je retrouve souvent. Par contre je trouve que la commu ace va plus loin et qu’elle questionne ce qu’on catégorise comme “sexe” au départ. Qu’est-ce qui m’attire dans le sexe ? Qu’est-ce qui ne m’attire pas du tout ? Qu’est-ce qui me fait plaisir ? Qu’est-ce que je peux trouver dans le sexe ? Est-ce que ce que je veux, ça compte encore comme du sexe ? 

 

Ce qu’apporte la commu ace, c’est beaucoup de nuance sur le sujet. Oui parfois le désir ça peut être clear cut, c’est oui ou non ; mais le plus souvent ça se discute, ça se concilie, ça se dialogue, pour créer quelque chose qui sera étiqueté “sexe”. Mais socialement on nous donne déjà une idée très claire de ce qu’est le sexe, et si on entend plus facilement “les préliminaires, c’est déjà du sexe”, il faut faire attention à ne pas se cacher derrière cette phrase. Ce n’est pas “juste” une question de “préliminaires” VS le “vrai sexe”. Je suis d’accord, ce qu’on va appeler “préliminaires” peut être du sexe, mais on ne peut pas ignorer que quand quelqu’un·e dit “je suis ok pour du sexe” on ne va pas penser “ah, iel pense peut-être seulement à X pratique, et non à celle-ci, je ferais mieux de demander”. Il y a un package, toujours, de ce qu’implique le sexe, et l’apprentissage du consentement n’est qu’une partie du travail qui permet de le défaire. 

 

 Là vous me direz, ok Karten mais on parlait d’asexualité. Et bien ce que va questionner les personnes aces ce n’est pas seulement qu’est-ce qui est du sexe ou non, mais en poursuivant la réflexion sur ce qu’apporte le sexe on se demande : qu’est-ce que le sexe, quel(s) sexe(s) sont possibles ? 

 

 La commu ace va remettre en question l’aspect universel du sexe en exposant des parcours de sexualité qui diffèrent. Même dans les milieux LGB (sorry not sorry) la pénétration reste omniprésente et au milieu de telles discussions, perso, je ressens un décalage et j’ai l’impression que mon sexe n’est pas le même que celui des autres. C’est pas uniquement car je suis queer et j’ai jamais vu un mec nu dans mon lit ; c’est aussi car je suis ace. Et c’est une expérience qui peut être très proche de celle d’autres personnes pas forcément LGBT+, pas forcément ace, des personnes qui ont des trauma par exemple, ou du vaginisme. Mais c’est au sein des cercles aces que j’ai noté un accent posé sur la définition même de sexe, là où dans d’autres milieux, elle est parfois (trop souvent) survolée. 



 J’ai dégagé trois thèmes majeurs autour desquelles la communauté ace se réunie (je ne suis pas à l’abri d’avoir oublié quelque chose de très important, mais bon yolo). En les articulant ensemble, on peut identifier ce que la commu ace va questionner plus précisément :

 

- le sexe comme marque universelle d'amour romantique

- la place du sexe dans une relation de couple

- qu'est-ce qui fait un couple?

- pourquoi on fait du sexe ?

- qu'est-ce qui fait le sexe ?

 

 Toutes ces questions vont être portées par les personnes aces, mais elles n’en restent pas moins pertinentes aussi pour les personnes allo. En plus de l’expérience des personnes aces, les études sur la sexualité différencient l’attirance sexuelle du comportement sexuel ; ainsi être attiré·e par quelqu’un·e ne semble pas du tout être la seule raison de faire du sexe. Je pense que d’une manière générale, si on aime se questionner (moi oui), c’est important de prendre du recul sur son rapport au sexe, ses envies, ses désirs, ses attirances, mais aussi de se demander : pourquoi je veux du sexe ? pourquoi je le fais ? pourquoi je ne le fais pas ? qu’est-ce que ça m’apporte ? 

 

 Pour conclure, je voulais réellement insister sur le fait que parler d’asexualité uniquement en terme de “certain·es n’aiment pas le sexe” est réducteur et pousse sur le côté des problématiques importantes. Nos discussions grandissent entre nous, dans nos coins, mais il y a beaucoup à articuler avec le genre, la race, et la classe ; tellement à enrichir avec les théories féministes et queer ; tellement à apprendre et à créer. 

 

J’espère que ce petit article a pu vous donner un aperçu de ce qu’il se passe au-delà de nos définitions. Il faut penser à tout ça quand on parle de sexualité. Prendre en compte l’asexualité va plus loin qu’une simple mention pour nous définir, pour dire “regardez, c’est possible” et passer à autre chose (Sex Education je te parle peut-être). Prendre en compte l’asexualité passe par écouter ce qu’on dit et nous inclure dans les discours pro-sexe. Prendre en compte l’asexualité c’est entendre que nous avons plus à dire que “le sexe c’est mouais” et que nos expériences sont pertinentes dans les analyses féministes & queer.

 

 

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